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Un héros abandonné : L’adjudant-infirmier Pierre-Olivier Kleitz s’est donné la mort à Fresnes malgré des signaux d’alerte connus

·La rédaction ⏱ 4 min
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Le 4 avril dernier, la cour de l’hôpital militaire Percy a accueilli une cérémonie d’hommage à titre posthume en l’honneur de l’adjudant-infirmier Pierre-Olivier Kleitz. Plus de 200 personnes — soldats, anciens camarades de mission, membres de la Croix-Rouge, pompiers de Paris, proches et famille — s’étaient réunies pour saluer la mémoire d’un homme que beaucoup qualifient de « héros ». Un héros mort en prison, dans des conditions que sa famille qualifie d’ »incompréhensibles » et « indignes ».

Pierre-Olivier Kleitz s’est pendu dans sa cellule de la maison d’arrêt de Fresnes le 18 mai 2024, quatre jours après son incarcération. Comme le relate Le Parisien, le risque suicidaire avait été pourtant signalé à plusieurs reprises dans la procédure judiciaire. L’administration pénitentiaire n’avait ni ordonné son placement en cellule de protection d’urgence, ni organisé son transfert vers une unité hospitalière spécialisée.

Une vie au service des autres

Agé de 33 ans, Pierre-Olivier Kleitz avait dédié sa vie au soin des autres. Infirmier militaire aguerri, décoré à plusieurs reprises pour actes de bravoure en opérations extérieures, il avait notamment sauté sur une mine lors de l’opération Barkhane au Mali. En août 2021, son engagement humanitaire à la Croix-Rouge lui avait valu la médaille de la sécurité intérieure, échelon bronze, des mains même de Gérald Darmanin, alors ministre de l’Intérieur.

L’ombre au tableau : une mission au Tchad qui vire au drame

Le 5 septembre 2023, alors en mission de formation au nord du Tchad, Pierre-Olivier Kleitz est impliqué dans un incident dramatique. Selon sa version, un soldat tchadien l’aurait agressé dans son bureau avec une arme blanche, le contraignant à riposter par arme à feu. Les autorités militaires françaises et tchadiennes avaient, dans un premier temps, validé ce récit, allant jusqu’à qualifier l’assaillant de « déséquilibré ».

Mais rapidement, les expertises médicales et les témoignages locaux remettent en question cette version. Le parquet militaire de Paris ouvre une enquête, et Pierre-Olivier Kleitz est interpellé fin avril 2024. Il est mis en examen pour homicide et, malgré ses blessures et un lourd suivi psychiatrique pour syndrome post-traumatique, il est incarcéré à Fresnes le 14 mai.

Une détention jugée incompréhensible

Le juge de la liberté et de la détention avait d’abord estimé qu’un placement sous contrôle judiciaire suffisait. Mais le parquet fait appel et obtient son incarcération. Ironie cruelle : parmi les motifs invoqués figure la « nécessité de le protéger contre lui-même ».

« C’est pour le protéger qu’on l’enferme, mais quelles mesures ont été prises concrètement pour prévenir un passage à l’acte ? », questionne Me Patrick Ramaël, avocat de la famille Kleitz, dans un courrier adressé au garde des Sceaux Gérald Darmanin. Aucune cellule adaptée, aucun transfert vers une unité spécialisée, aucune vigilance accrue : rien n’a été mis en place.

Une justice dans le viseur

Deux plaintes contre X ont été déposées : l’une pour homicide involontaire et mise en danger de la vie d’autrui, l’autre pour violation du secret professionnel. Me Ramaël réclame désormais la saisine de l’Inspection générale de la justice, listant une série d’« anomalies graves » dans la gestion du dossier.

Pour les parents, l’heure est à la douleur mais aussi à la quête de vérité. « Notre fils n’aurait jamais dû mourir », affirme Michel Kleitz. « Nous voulons comprendre les dysfonctionnements qui l’ont conduit à cette fin tragique. »

Une cérémonie entre hommage et malaise institutionnel

Officiellement organisée par l’hôpital militaire Percy avec l’aval du ministère des Armées, la cérémonie du 4 avril portait une double symbolique : honorer un soldat tombé, et peut-être aussi tenter d’atténuer une affaire embarrassante pour les institutions. La presse n’y était pas conviée.

Mais dans les rangs, l’émotion dominait. Derrière les uniformes, la douleur était palpable. L’armée a perdu l’un des siens. La République aussi. Et peut-être, une occasion de mieux protéger ceux qui se battent pour elle. Pour beaucoup, Pierre-Olivier Kleitz, adjudant-infirmier des armées, est tombé deux fois : d’abord au combat, puis dans l’oubli.

La rédaction

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