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Pompiers à bout : Malaise dans les casernes françaises…

·La rédaction⏱ 4 min
Pompiers à bout : Malaise dans les casernes françaises…

Fatigue, perte de sens, tensions et harcèlement : une enquête de France Info dévoile un mal-être profond dans les casernes françaises.

Le feu couverait-il au sein même des casernes ? C’est ce que laisse entendre une enquête publiée ce vendredi par France Info, intitulée « Pourquoi les pompiers craquent ». Ce travail journalistique met en lumière une réalité de plus en plus préoccupante : celle d’un malaise généralisé chez les sapeurs-pompiers, professionnels comme volontaires.

Un métier qui a profondément changé

Gil Arnaud, président de la section héraultaise du Syndicat national des sapeurs-pompiers professionnels, en témoigne sans détour : « Le métier n’est plus le même. Aujourd’hui, on est souvent le dernier maillon social, appelés en dernier recours dans des situations de plus en plus complexes et tendues. » Résultat : fatigue physique et psychologique, interventions de plus en plus longues et, parfois, des agressions en plein exercice de leurs fonctions.

La semaine dernière, cinq pompiers volontaires de la caserne du Bleymard (Lozère) ont ainsi été agressés par une personne… qu’ils venaient pourtant secourir. Heureusement, l’incident n’a eu de conséquences que psychologiques.

Des interventions majoritairement sanitaires

À cela s’ajoute l’évolution du cœur de métier : plus de 80 % des interventions des sapeurs-pompiers concernent aujourd’hui des urgences sanitaires. « Ce n’est pas qu’une question de zones sensibles. Ces tensions peuvent survenir n’importe où », confirme le colonel Éric Vial, directeur départemental adjoint du SDIS 34.

Ce dernier pointe aussi du doigt la désorganisation du système de santé et la raréfaction des casernes, allongeant les délais d’intervention. Paradoxalement, malgré leur rôle crucial, les pompiers ne sont pas prioritaires à l’hôpital, sauf en cas d’urgence vitale. Attendre une heure avec un patient dans un véhicule devient monnaie courante.

Une fatigue qui pousse à la reconversion

Les conséquences sont concrètes : augmentation des arrêts maladie, réflexion sur une reconversion, perte de motivation. « Les gardes sont plus denses, moins valorisantes. Cela use », explique Gil Arnaud. Pourtant, dans l’Hérault, il note une amélioration du climat social depuis un changement de direction en 2017. « Un protocole d’accord a été signé, avec l’embauche de 34 professionnels pour soulager les équipes. »

Volontaires : la crise des vocations

Les pompiers volontaires ne sont pas épargnés. Pire : ils se sentent souvent oubliés. « On nous utilise comme des professionnels, mais sans les moyens ni la reconnaissance », dénonce Richard Charbonnier, représentant gardois des sapeurs-pompiers volontaires. Avec une indemnisation dérisoire, peu d’avantages pour la retraite et une ambiance parfois pesante, les volontaires quittent de plus en plus tôt le service. La durée moyenne d’engagement est désormais de 5 à 10 ans. Certaines zones, comme les Cévennes, peinent à maintenir des effectifs suffisants.

Un constat qui rejoint les conclusions d’un rapport parlementaire publié l’an dernier, appelant à réformer en urgence le statut des volontaires, qui représentent tout de même 78 % des effectifs nationaux.

Prévention des risques psychosociaux et lutte contre le harcèlement

Face à ce malaise, le SDIS 34 assure avoir mis en place des dispositifs pour accompagner les agents en difficulté : réunions régulières avec les partenaires sociaux, assistants de prévention, groupe dédié à la qualité de vie au travail, psychologue à temps plein et assistante sociale. Des cellules spécifiques permettent aussi de signaler d’éventuels cas de harcèlement.

Un dispositif qui a permis, dans le Gard, de rapidement prendre en charge une affaire impliquant un pompier volontaire accusé d’avoir envoyé des messages déplacés à plusieurs collègues féminines. « Nous avons été entendues et soutenues, et la personne a été mise à pied », raconte une des victimes. Un autre cas plus grave a récemment conduit à la condamnation d’un pompier volontaire à huit mois de prison avec sursis pour agression sexuelle dans une caserne de l’arrière-pays montpelliérain.

Un métier à réinventer ?

Pour les acteurs du terrain, il est urgent de réaffirmer le sens du métier. « Il faut accompagner au mieux ces situations individuelles. Le métier a changé, mais cela ne signifie pas que le système est défaillant », insiste le colonel Vial.

Mais entre surcharge de travail, manque de reconnaissance et incidents graves, une chose est certaine : derrière l’uniforme des héros du quotidien, la lassitude gagne du terrain.

La rédaction

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