Agression sexuelle : au procès de Joël Le Scouarnec, le témoignage poignant d’un policier
Ajoutez Actu FDO en favori pour nous soutenirLe procès de Joël Le Scouarnec, ancien chirurgien accusé d’agressions sexuelles sur de nombreux patients, a pris une tournure particulièrement émouvante ce mercredi 12 mars.
Un policier de trente-huit ans, découvrant avoir été victime de l’accusé dans son enfance, a livré un témoignage bouleversant à la barre de la cour criminelle du Morbihan.
Un passé enfoui ressurgit
En chemise bleu clair et pantalon beige, Cédric* s’avance, déterminé, face à celui qui a brisé son adolescence comme le relate VA. Aujourd’hui policier, il se tient devant Joël Le Scouarnec, vingt-cinq ans après les faits. À l’époque, en 2001, il n’était qu’un adolescent de quatorze ans, hospitalisé en urgence à la polyclinique du Sacré-Cœur de Vannes pour une péritonite.
Durant ses trois jours d’hospitalisation, il ne garde que peu de souvenirs. Mais en 2019, lorsque les gendarmes lui annoncent que son nom figure dans le carnet de Joël Le Scouarnec, associé à une série d’agressions sexuelles, c’est un véritable choc. « J’ai prêté serment de protéger les personnes. Vous aussi, avec le serment d’Hippocrate », déclare-t-il en lisant un texte rédigé au préalable.
Un souvenir trouble, mais des conséquences bien réelles
Devant la cour, Cédric évoque un souvenir vague mais marquant : « Un homme positionné au-dessus de moi, au niveau de mon sexe, pour m’ausculter. Mais j’étais dans le gaz. » Un récit douloureux, qu’il avait longtemps refoulé.
Les conséquences de cette période se sont pourtant bien manifestées dans sa vie. « Il n’y a qu’aujourd’hui que je me rends compte que j’ai eu une chute brutale de mes notes après mon opération : j’étais en quatrième générale, je suis passé en troisième technologique. C’est peut-être une des conséquences… » confie-t-il.
Un long chemin vers la résilience
Face à ce traumatisme, Cédric a trouvé refuge dans le sport, devenant obsédé par l’activité physique : « Je faisais vingt-quatre heures de sport par semaine », raconte-t-il. Mais il s’est également renfermé sur lui-même, refusant d’en parler à ses supérieurs ou à un psychologue. « Je me suis senti sali, très anxieux vis-à-vis de mes enfants, en hypervigilance avec les médecins », avoue-t-il.
Ce n’est que récemment qu’il a trouvé le courage de s’avancer sur le chemin de la justice. Il ne s’est constitué partie civile qu’un mois et demi avant l’ouverture du procès, expliquant : « Je ne savais pas comment j’allais réagir, c’est pour ça que je me cachais. »
Un procès comme une thérapie
Malgré les années de déni et de souffrance silencieuse, Cédric voit dans ce procès une forme de libération. « Ce procès, c’est une thérapie. Voir Monsieur Le Scouarnec et voir que je ne suis pas tout seul : on est tellement de victimes… », conclut-il avec pudeur.
Un témoignage poignant qui rappelle l’ampleur du traumatisme laissé par l’ancien chirurgien et l’importance de la reconnaissance judiciaire pour les victimes.