Témoignages glaçants devant la cour d’assises : Le calvaire d’une fratrie sous l’emprise d’un père tyrannique
Ajoutez Actu FDO en favori pour nous soutenirCe vendredi 28 février, les victimes de Said A., un père accusé de tortures et de violences extrêmes, ont livré à la cour d’assises du Val-d’Oise des récits bouleversants de leur quotidien. Pendant plusieurs années, ces enfants ont enduré privations, humiliations et sévices au sein de l’appartement familial de Bouffémont.
Malgré l’horreur qu’ils ont traversée, ces jeunes victimes n’excluent pas totalement de renouer un jour avec leur bourreau. « Ça vous fait quoi de voir votre père ici ? », interroge le président de la cour, Marc Trévidic. Comme le relate Le Parisien, S., 18 ans, qui vient de décrire les violences subies, répond d’une voix dépouillée d’émotion : « Je vois qu’il est calme. C’est un peu bizarre de le voir comme ça. » Puis elle ajoute, sans haine : « Il l’a mérité. C’est lui qui a provoqué ça et aujourd’hui, il est en prison. »
Une enfance sous la terreur
Said A., 44 ans, comparaît pour torture ou acte de barbarie, violences habituelles, privation de soins et d’aliments sur mineurs de moins de 15 ans par un ascendant. Ses trois enfants aujourd’hui âgés de 18, 17 et 14 ans ont raconté l’enfer qu’ils ont vécu. Seule leur petite sœur, dernière de la fratrie, semble avoir été épargnée.
Les sévices ont commencé après une intervention policière à leur domicile. « Quand la police est intervenue un jour, il a arrêté de frapper ma mère. Pour lui faire du mal, il nous frappait, nous », explique S. Il les contraignait à insulter leur mère et à lui cracher dessus. « On faisait semblant. On faisait le bruit et on lui donnait un bisou », confie-t-elle.
L’accusé enfermait ses enfants dans leur chambre dès qu’il rentrait. Toute infraction à ses règles arbitraires était punie avec une brutalité effroyable. L’une des tortures récurrentes consistait à coincer une clé entre leurs doigts et à la faire tourner jusqu’à provoquer des douleurs insoutenables. « On avait les doigts gonflés, je saignais beaucoup », raconte S.
Des humiliations dégradantes et des privations injustifiées
Said A. infligeait également des humiliations extrêmes. Il étalait ses excréments sur le visage de ses enfants, parfois par colère, parfois sans raison apparente. « Une bonne heure, parfois plus », se souvient M., 17 ans. L’adolescent était souvent privé de repas pour de futiles raisons. Il raconte ainsi avoir été puni simplement pour être entré dans le salon.
S., de son côté, relate une période où son père a découvert dans son cartable un paquet de gâteaux offert par ses grands-parents, qu’elle n’avait pas le droit de voir. « Il m’a attrapée par les cheveux, il m’a fait accroupir dans les toilettes », raconte-t-elle. Elle tente de prétendre que les gâteaux viennent de la cantine, mais son père ne veut rien entendre. « Il a pris la brosse des toilettes et me l’a mise dans la bouche, puis il m’a obligée à manger des gâteaux trempés dans la cuvette. »
Un père double visage
Malgré les atrocités subies, un fond d’affection persiste chez ces enfants. M. s’interroge : « Pourquoi il nous a fait ça ? Est-ce qu’il nous aime ? » Des souvenirs plus doux remontent, notamment lors de l’absence prolongée de leur mère après la naissance de leur cadette. « Quand elle n’était pas là, c’était un papa d’amour. Il prenait soin de nous, il nous aidait avec nos devoirs », se souvient S. Son frère évoque de rares sorties pour faire du vélo ou jouer au foot.
Aujourd’hui encore, la douleur et la peur se mêlent à une certaine compassion. « Je n’oublie pas ce qu’il m’a fait mais ça me fait de la peine de le voir comme ça », avoue M. Said A. encourt une lourde peine. Le verdict est attendu dans les prochains jours.