Prison d’Argentan : insécurité, surcharge et narcotrafic, les surveillants dénoncent un climat explosif
Ajoutez Actu FDO en favori pour nous soutenirLa tension monte parmi les surveillants du centre de détention d’Argentan (Orne). À bout de patience, ils dénoncent une situation devenue insoutenable en raison d’un manque de personnel de plus en plus préoccupant.
Selon leurs représentants syndicaux, près d’une trentaine d’agents manqueraient pour assurer un fonctionnement normal de l’établissement, qui compte actuellement 114 surveillants pour 616 détenus.
Un sous-effectif chronique qui inquiète
Mercredi 29 janvier 2025, la réunion trimestrielle du comité social d’administration a été boycottée par les représentants syndicaux. Un geste fort pour exprimer leur « profond mécontentement » et leurs « vives inquiétudes » face à la gestion du personnel. Le taux de couverture des postes, évalué à 84 %, reste en deçà des standards acceptables, alors qu’un minimum de 90 % est jugé indispensable.
Les surveillants pointent du doigt la gestion des affectations et des mutations par l’administration pénitentiaire. Depuis trois ans, les départs sont bien plus nombreux que les arrivées, et la tendance devrait se poursuivre avec au moins six départs prévus en 2025, sans qu’aucune nouvelle recrue ne soit annoncée pour renforcer les effectifs.
Des conséquences lourdes pour le personnel
Le manque d’agents a un impact direct sur les conditions de travail des surveillants. En 2024, ils ont cumulé près de 35 000 heures supplémentaires, un chiffre qui pourrait dépasser les 40 000 en 2025. « Chaque agent a entre 400 et 1 000 heures supplémentaires à solder », expliquent les représentants syndicaux, soulignant les répercussions sur la vie personnelle des employés. Certains, vivant loin d’Argentan, préfèrent dormir sur place dans leur véhicule plutôt que de rentrer chez eux après des journées exténuantes.
Le sous-effectif entraîne également une augmentation des risques en détention. « Il y a de plus en plus de violence et paradoxalement moins de personnel : on est trois agents là où il faudrait être quatre », déplorent-ils. Pour les jeunes surveillants, se retrouver en sous-nombre face à une soixantaine de détenus représente une épreuve psychologique éprouvante.
Une recrudescence du narcotrafic
Cette détérioration des conditions de travail s’accompagne d’une hausse inquiétante du trafic de stupéfiants à l’intérieur de l’établissement. « Le narcotrafic a pris des proportions jamais vues », affirment les surveillants, précisant que les prix des substances en détention sont cinq fois plus élevés qu’à l’extérieur. Résultat : des tensions exacerbées entre détenus, mais aussi des menaces croissantes envers le personnel pénitentiaire.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en quatre ans, 1 293 téléphones et 34 kg de drogue ont été saisis à Argentan. Les surveillants font face à des pressions constantes lorsqu’ils interceptent ces marchandises illicites, certains détenus voyant dans ces saisies des pertes financières considérables.
Un appel à l’action
Face à cette situation, les syndicats ne comptent pas rester inactifs. Le boycott de la réunion du 29 janvier n’est qu’un premier avertissement. D’autres actions sont à prévoir dans les semaines à venir pour faire entendre leurs revendications.
Interrogée par Ouest-France sur ces problématiques, la direction interrégionale des services pénitentiaires n’a, pour l’heure, pas donné suite aux sollicitations.