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Oise : Pour éviter les coups de son père alcoolisé, l’adolescent de 15 ans saute du troisième étage

·La rédaction ⏱ 4 min
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Connu pour des antécédents de violences familiales en état d’ébriété, un père de famille était jugé ce vendredi par le tribunal de Beauvais.

« Tu ne vas pas mourir, les pompiers vont arriver. Ne bouge pas. » Ce sont les mots déchirants de la mère de Youssef (prénom changé par les journalistes du Parisien), un adolescent de 15 ans, après qu’il ait sauté par la fenêtre du troisième étage de leur appartement à Méru (Oise). Cet acte désespéré a eu lieu dans la nuit du 27 au 28 avril pour échapper aux violences de son père.

Ce vendredi 31 mai, le père violent a été jugé par le tribunal correctionnel de Beauvais. Vers 3h50 cette nuit-là, le père rentre chez lui après une soirée très alcoolisée. En découvrant que son fils aîné dort dehors avec l’accord de sa mère, il exige son retour. Une violente dispute éclate alors, d’abord entre le père et le fils, puis entre les parents. Youssef, le fils cadet, sort de sa chambre pour calmer la situation.

« Il a dit quelque chose qui a énervé mon père », raconte sa petite sœur de 9 ans. Le ton monte et Youssef se réfugie dans les toilettes. Son père le force à sortir en le tirant par les cheveux et le traîne jusqu’à la salle de bains où il commence à le frapper, selon les témoignages. L’intervention de la mère permet à Youssef de s’enfermer dans la pièce. Son père revient avec un couteau pour forcer la porte. Effrayé, Youssef crie : « Si tu rentres, je saute par la fenêtre ». Lorsque la porte s’ouvre, il saute.

Sa mère le trouve trois étages plus bas et tente de le rassurer, malgré ses plaintes de douleur. Ivre, le père s’endort sur le canapé. « C’est à cause de lui tout ça, j’en ai marre de lui », déclare Youssef aux pompiers. Transporté d’abord à l’hôpital de Beauvais, il est ensuite transféré au CHU d’Amiens (Somme) où il restera hospitalisé pendant un mois. Il souffrait d’une fracture vertébrale et d’une contusion pulmonaire sévère, justifiant une ITT de plus de 30 jours. Un nouvel examen médical sera nécessaire dans six mois pour évaluer l’évolution de ses blessures.

À la barre, le père reconnaît les faits. « J’ai beaucoup de mal à m’en souvenir, j’étais fortement alcoolisé. J’assume tout. Ce qu’ils disent est forcément vrai. » En couple depuis vingt-trois ans et père de quatre enfants, cet homme explique être tombé dans l’alcoolisme après la mort de son père, ce qui le rend violent. Il avait déjà été placé en garde à vue pour avoir frappé sa femme le 19 juillet dernier, également en état d’ivresse.

« Oui, j’ai un problème avec l’alcool, reconnaît le prévenu. Je bois parfois une bouteille de vodka par jour. Ce qui est arrivé avec mon fils m’a montré que je suis devenu une loque humaine. Je vais me soigner pour redevenir le père que j’étais avant. » Me Audrey Kaufmann, avocate de l’association SOS Jeunesse, représentait les enfants témoins « des scènes de violences très graves ». « Rien ne va dans cette famille, déplore-t-elle. Le père n’a pas compris la gravité des faits, il s’endort même sur le canapé. Personne n’ose l’incriminer parce qu’on a peur de lui. »

Le procureur a souligné que « si Youssef se jette par la fenêtre, c’est qu’il a une peur viscérale de son père. » Le prévenu est passif face à sa violence, il la reconnaît mais ne cherche pas à comprendre son alcoolisme. En requérant « dix-huit mois dont six ferme avec maintien en détention », le magistrat rappelle que « ce fils aurait pu perdre la vie. »

Pour la défense, Me Benoit Varin a assuré que son client « ne pouvait pas imaginer que son fils allait sauter par la fenêtre. » « L’électrochoc, je l’ai eu en passant deux nuits en détention, affirme le prévenu. Je ne boirai plus une goutte d’alcool, mais si je vais en prison, je perds mon emploi et la possibilité de nourrir ma famille. »

Reconnu coupable, il a été condamné à 18 mois de prison dont six mois ferme, sans mandat de dépôt. Sa peine sera donc aménagée.

La rédaction

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