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đŸ‡«đŸ‡· Longuenesse: Un ancien dĂ©tenu livre sa vision du quotidien en prison

·La rĂ©daction ⏱ 4 min
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Il aura passĂ© prĂšs de deux ans au centre pĂ©nitentiaire de Longuenesse. La premiĂšre fois, il y a une dizaine d’annĂ©es, pour escroquerie. Puis en 2017, pour une peine plus courte. « Ça a changĂ© du tout au tout. » Lors de sa seconde incarcĂ©ration, il dĂ©couvre un trafic « que je n’avais pas remarquĂ© la premiĂšre fois. Ça existait, mais pas Ă  ce point. La premiĂšre chose qu’on m’a demandĂ©e, c’est si je voulais un pouce ». L’ancien dĂ©tenu dĂ©signe la taille de son doigt en souriant. « Un pouce c’est un tĂ©lĂ©phone de cette taille-lĂ . Mais certaines personnes font rentrer des portables plus gros. »

Des anecdotes sur les trafics en prison, il en a Ă  la pelle. Les permissions, durant lesquelles les dĂ©tenus incitent ceux qui sortent Ă  « faire rentrer des choses . Il y a un gars qui a rĂ©ussi, dans une double semelle. Mais ce sont surtout les familles qui en ramĂšnent ». À la sortie du parloir, c’est quitte ou double : la fouille n’est pas systĂ©matique. « On passe dans une salle. LĂ , il y a pas mal de trafic. DĂšs que quelqu’un est surveillĂ©, il passe la marchandise Ă  un autre. C’est comme ça que ça rentre. » Les produits sont variĂ©s : alcool, drogue, portable, « e t des cartes sim, ça, j’en ai vu, on m’a mĂȘme demandĂ© d’en faire rentrer ». Mais il refuse. « Si j’avais pris cinq ou six ans, je ne dis pas que je ne l’aurais pas fait, mais là
 »

En prison, sa bonne conduite lui vaut d’obtenir un travail. « C’est Ă  la tĂȘte du client. Moi, c’est arrivĂ© trĂšs vite parce que j’avais dĂ©jĂ  purgĂ© une peine lĂ -bas et que je m’étais bien tenu. » Dans la cour, il ramasse des colis projetĂ©s par-dessus le mur d’enceinte de la prison pour les remettre Ă  l’administration. « Une fois on a trouvĂ© une cinquantaine de gĂ©lules par terre. Ils les ont fait analyser, c’était de la cocaĂŻne. » Deux fois par semaine, lors de la distribution des traitements, le trafic s’intensifie. « Les mecs font semblant de prendre leurs cachets, et ils les mettent dans leur poche. AprĂšs ils les Ă©changent contre des clopes, du coca, un tĂ©lĂ©phone
 » Des biens que les dĂ©tenus « cachent partout, dans les nĂ©ons, dans le bois des armoires. Ou alors ils se promĂšnent avec, dans leurs sous-vĂȘtements. »

L’ancien dĂ©tenu soupire. À demi-mot, il dĂ©nonce les surveillants qui « ferment les yeux » sur ces trafics. « Il y a beaucoup de copinage avec les surveillants et les profs de sport. Ça se tutoie, et il y en a qui ne disent rien parce que ça leur ramĂšne de la tranquillitĂ©. »
Du bout des doigts, l’ancien dĂ©tenu feuillette le journal. Il dĂ©signe les photos du centre pĂ©nitentiaire. « Les cellules qu’on voit lĂ  sont propres, ce n’est pas vraiment comme ça. On ne voit pas rĂ©ellement ce qui se passe en prison. On parle de cellule en maison d’arrĂȘt oĂč les dĂ©tenus sont Ă  trois, dont un sur un matelas. Pourquoi on ne les voit pas ? »

Il y a une dizaine d’annĂ©es, lors de sa premiĂšre incarcĂ©ration, le dĂ©tenu partage sa cellule avec deux autres personnes Ă  la maison d’arrĂȘt. Puis il rejoint le centre de dĂ©tention. « LĂ -bas, il y a parfois des cellules qui restent vides un moment. Pourquoi on n’y envoie pas des dĂ©tenus qui sont trois par cellule ? » L’homme sourit. « Ce n’est pas toujours facile de bien s’entendre quand on est plusieurs. Il y a ceux qui ronflent, ceux qui veulent Ă©couter du rap, ceux qui veulent regarder la tĂ©lĂ©vision
 »

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